samedi 6 juin 2009
Le choc culturel en pratique!
J'avais oublié de mentionner un événement assez troublant du jeudi.
En effet, nous sommes allé dîner dans un lieu assez « Ghetto » (quoi que toute la ville fait vraiment « Slum », selon nos standards occidentaux) et lorsque nous avons fini notre repas, les restes ont été amenés à l'extérieur, où ils faisaient la vaisselle et donnaient l'extra de nourriture à des enfants affamés accourant vers le côté du restaurant. Il y en a même un qui s'est présenté dans l'embrasure de la porte et qui fit le signe universel de la faim (il porte de la nourriture imagée à sa bouche). Nos collègues de stage de l'autre table ont concocté une assiette à partir d'une moitié de bouteille d'eau. Ils l'ont remplie des restants et lui ont offert... Les yeux de cet enfant n'ont jamais été aussi brillants... Et nos coeurs rarement aussi bouleversés. Le lendemain, ces mêmes enfants se sont attendus à nous revoir et essayaient de deviner l'endroit où nous irons manger, espérant y trouver de la nourriture...
Nous avons vu la famine de nos propres yeux. Et c'était laid... Inhumain.
Catherine Lachance a fait la connaissance d'un jeune africain qui nous a suivi par la suite. En s'arrêtant dans une minuscule boutique servant de dépanneur, on a eu le temps de jaser un peu avec les enfants du coin, tout prêt d'une mosquée blanche. Ce jeune a vécu des événements difficiles et quelques-uns parmi nous lui ont donné un peu d'argent. C'était là une exception. Si on en donne à l'un, les autres sont injustement défavorisés, mais comme on ne peut pas aider tout le monde, on décide de s'abstenir, impuissants. Pourtant, je crois que plusieurs voyaient en lui une personne fondamentalement humaine. Pour l'avoir écouté quelques minutes, je comprenais un peu leurs gestes.
Catherine a, par la suite, voulu montrer quelque chose (sa montre je crois bien) et, lorsqu'elle a ouvert son sac, les enfants (sauf celui à qui nous avons parlé longuement) se sont jetés vers celui-ci, afin d'y soutirer des objets de valeur). Avec de bons réflexes, rien n'a été volé, mais l'événement en a choqué plus d'un. Soren m'a confié par la suite qu'elle avait perdue une grande part d'empathie face aux Burkinabés défavorisés et j'avais sensiblement les mêmes sentiments qu'elle à cet égard. La pauvreté est une triste réalité, mais le fait que la grande majorité des gens nous voient simplement comme une source de richesse et de prospérité à laquelle ils vendraient leurs âmes pour en avoir un seul morceau, nous a laissé assez froid.
Cela n'a pas duré longtemps, vu la chaleur étouffante qui régnait. (Pardonnez moi cette blague ridiculement peu amusante).
Nous sommes donc retournés au centre et avons fait la connaissance de nos hôtes, tel que mentionné précédemment.
Vendredi.
Première nuit dans nos familles respectives. Pour Alexandra et moi, ça a plutôt bien été. On nous a fourni un ventilateur, question de mieux dormir. En effet, ça s'est avéré nécessaire, tout comme le fait de dormir sans sac de couchage. Quelle idée stupide... Bref, on avait même un moustiquaire et une douche à l'intérieur. Les toilettes, c'était autre chose, par contre. Mais bon, on était assez bien. Mieux que la plupart de nos confrères canadiens apparemment! Ils vous en diront autant à leur retour, ou dans leurs emails! On a déjeuné au pain et aux mangues (fruit principal de l'Afrique de l'Ouest) avec (heureuse surprise!) du thé!!.... chaud (moins heureuse surprise)...
Richard est venu nous chercher avec le petit autobus avec lequel il est venu nous porter la veille. On s'entassait dans les rangées de bancs : c'était pas le confort le plus total...Arrivé au centre Grâce Divine, le planning de la journée s'est fait. Nous partions donc au marché à pied. Ahh! Il faisait C~H~A~U~D... Sérieusement, on doit passer une bouteille d'eau d'1,5 litre chaque personne, chaque jour. J'ai appris par la suite qu'il avait fait jusqu'à 47 degrés Celcius, cette semaine là.
Bref, arrivé au marché on a regardé et acheté plusieurs items. J'ai acheté un drapeau du Burkina artisanal à 2000 CFA (5$) et le même homme voulait le vendre à Camille pour 6000 CFA...Ouais, c'est ça... ...Finalement, il l'a descendu à 2500. La majorité du groupe ne se plie pas en deux pour dealer ce qu'ils achètent et c'est pourquoi ils appellent Thomas, qui se charge volontiers de régler les affaires.
Les vendeurs sont assez impulsifs, vu notre couleur de peau. Les enfants nous appellent « Nasara » sans cesse. Ça signifie « Blanc » en Mooré (langue indigène du Burkina). Ils nous serrent la main et nous sourient comme s'ils assistaient à un événement unique. On a rencontré « Marshall » Freeman (c'est son nom d'artiste). C'est un rastaman, vendeur au marché, qui joue de la percussion dans un groupe de percussionnistes d'instruments traditionnels africains. Nous aurons peut-être la chance de les voir plus tard!
On a dîné dans un restaurant assez chic! Il y avait l'air climatisé et des ventilateurs. Pourtant, 90% de ce qu'il y avait sur le menu n'était pas disponible en restaurant. Ils ne doivent pas avoir des ravitaillement fréquents. On a quand même eu droit au meilleur repas jusqu'à maintenant en Afrique (comme vous diront plusieurs) : des sortes de sandwich à la viande.
En sortant, on s'est arrêté à la banque et on a retiré de l'argent pour acheter des vélos. L'idée me plaisait relativement bien. Des vélos confortables, rapides, fiables nous attendaient probablement dans une boutique bien installée du centre-ville de Koudougou. Nous aurions alors notre moyen de transport pour traverser la ville sans soucis, sans tracas, sans anicroches. Nous allons pouvoir voyager de nos familles jusqu'au centre Grâce Divine en quelques minutes, sous une brise calmement rafraichissante.
Hahahahaha....
Hahaha...
Ermm...
C'est certainement la plus grande erreur que j'ai fais jusqu'à maintenant et le plus grand choc culturel que j'ai subis, toujours jusqu'à maintenant.
Arrivés à la « boutique » (qui n'étais qu'un toit de tôle en dessous duquel on avait agencés diverses rangées de vélos en pièces détachées), nos engins n'étaient pas encore prêts, alors nous sommes allés dans un maquis, question de faire passer le temps. Au moins, ils avaient des boissons fraîches. Tellement fraîches pour certains que c'était littéralement de la slush. Véronique a pris du temps, avec un canif, pour ouvrir sa cannette, qui refusait de céder à la goupille. Ensuite, elle mangea la slush, après l'avoir concassée, avec la cuillère de ce même canif. Il en était de même pour Geneviève. C'était ridicule.
Bref, lorsque nous sommes retournés à la boutique, après ce qui avait été 40 minutes, au lieu des 20 minutes prévues, nos vélos étaient partiellement prêts. Après un bon 15 minutes de testing et de chialage pour que les mécaniciens arrangent nos vitesses et nos freins de manière à ce qu'ils FONCTIONNENT CORRECTEMENT (merci). Non, mais (choc culturel) quand tu achètes un vélo NEUF, MONTÉ À LA MAIN, tu espères que toutes les fonctions essentielles de celui-ci soient opérationnelles et fiables à 100%, non? Je me promenais en rond dans la ruelle d'à côté et j'étais incapable de changer de vitesse, ni de freiner convenablement. Pourtant, comme Louis-Simon me l'a bien fait remarquer, qu'est-ce qu'ils auraient pu faire le restant de la journée, avant qu'on arrive passer la commande des vélos? S'assurer que les vélos qu'ils vendent soient en bon état, non? Faut croire qu'ils avaient mieux à faire...
Pardonnez la rage qui envahit peu à peu cet article, mais ce fut une grande déception et une grande incompréhension pour moi comme pour la majorité du groupe, surtout quand Olivier m'a indiqué que ces défectuosités étaient normales et que pour freiner, il fallait que je tienne les deux freins en même temps, sinon cela ne fonctionnerait pas. De plus, à quoi bon changer de vitesse? Vas-y manuellement, en poussant le dérailleur à la main et arrête toi si tu trouves que tu veux aller plus vite.
…
C'est vraiment là que je retrace le point critique de mon choc culturel. J'avais vraiment le goût de nier cette réalité après ces événements. Mais bon, ça fait partie de la game, et on est justement venu pour vivre ce choc culturel. Ne vous inquiétez pas avec cela, tout va très bien ici!
…
Bref, après 2-3 arrangements, j'avais une vitesse fonctionnelle et je pouvais freiner mes 20 km/h sur une distance de 5 à 10 mètres. Pas si mal... pour l'Afrique.
La première batch a donc pu prendre la route vers le centre Grâce Divine. Je pris le lead, avec Thomas et Véro. Un kilomètre plus loin, j'ai entendu Thomas lâcher un bon sacre. Un bon gros sacre qui avait raison d'être.
Je me retourne, va le voir et c'est alors qu'il me montre son dérailleur tout tordu, inutilisable, bloquant la roue arrière. On rebrousse alors chemin, Thomas tenant son vélo d'une seule main (par le siège) et le guidant avec l'autre. On s'est échangé le fardeau de temps à autre, les vélos étant assez lourds. Après avoir fait quelques centaines de mètres sous les regards moqueurs des habitants et des enfants accourant vers nous en criant « Nasara », nous n'avions pas du tout l'humeur pour leur répondre.
D'ailleurs, c'est alors que mon humeur était au plus bas de tout le stage. Olivier (notre guide de Koudougou) nous a rencontré en mobylette et on essayait de régler le problème. Il était hors de question qu'on achète de pareilles épaves. Avec tout l'argent que nous avons durement amassé et tout l'argent qui avait été donné dans l'espoir de réaliser un quelconque projet humanitaire dans le petit village reculé de Doulou, il m'était INCONCEVABLE qu'on puisse vouloir en dépenser une bonne somme là-dedans. De retour à la fabuleuse boutique que j'apprécie tant, j'ai propagé ma propagande anti-bicycliste à tous ceux qui n'étaient pas encore partis et aux accompagnateurs.
Parenthèse.
Pourtant, aucune autre solution ne s'avérait possible et c'est pourquoi, mes chers amis de 2010, vous allez être choyés par l'organisation structurelle qu'on est en train de tester ici. Voyez-vous, (j'écris ça et c'est mardi le 2 juin en ce moment), demain (le 3) nous allons voir s'il est vraiment possible d'aller
à Doulou à vélo. Et si on se rend compte que c'est ridicule, vous n'aurez pas à le faire. On va plutôt essayer de vous trouver un autobus que vous allez pouvoir louer tout le mois, ou quelque chose du genre. Bref, on fait la sale job, alors soyez reconnaissants!
Fin de la parenthèse.
Donc, on a quand même acheté les vélos et cela ne calma pas la rage intérieure qui s'accumulait de plus en plus en mois, comme chez plusieurs, d'ailleurs. De retour au centre, on a décompressé un peu et Idrissa arriva pour nous montrer le chemin jusque chez lui. On est allé prendre une bonne bière dans un maquis, après le souper, et cela réduit un peu la rage que j'avais envers la situation.
Samedi.
Idrissa ne travaillait que la moitié de la journée, nous avons donc décidé de faire la grasse matinée et de nous lever vers 8h-9h (on est toujours debout à 6h normalement) (Idrissa se lève vers 5h, se couchant vers les minuit, 1h du matin – aucune idée comment il peut vivre avec si peu de sommeil, mais apparemment, les Burkinabés sont tous ainsi). On avait le déjeuner tout préparé, ça a quand même des avantages avoir une femme à la maison! (Pardonnez mes rares blagues machistes, elles n'encouragent aucunement une condition de la femme non égale avec celle de l'homme; vous connaissez mes opinions progressistes, merci!)
Bref, on est arrivé au centre, où il y avait déjà la grande majorité du groupe. Et...on a relaxé.
Faut bien, suite aux aventures qui nous calent le moral. C'est là qu'on est allé en petit groupe au café Internet (qui était supposément à 200 mètres du centre – on avait oublié de nous dire qu'il s'agissait de mètres Africains (ya un taux de change de 300 ou 400 %, on sait plus trop).
Parenthèse
C'est comme avec le temps, ça. Tu dis à un africain de te rencontrer à 18h et les chances qu'il arrive exactement à l'heure sont tellement minces qu'elles s'exprimeraient seulement avec la notation scientifique. Ils sont tellement peu pressé, que le temps n'a pas vraiment d'importance pratique, on dirait.
C'est arrivé à Soren et Mahée, je vous raconterai plus loin.
Fin de la Parenthèse
Bref, après le café Internet, qui m'a vraiment donné le goût de retourner au Québec (surtout en visitant Facebook...), on est enfin parvenu chez Idrissa, Alexandra et moi. Sérieusement, l'envie de tout quitter grandissait à chaque moment. Arrgg...
Nous avons assisté, pendant la soirée, à un show de gospel à l'Université de Koudougou. C'était une assez belle expérience en soi, voir tous ces gens animés par la ferveur religieuse. Ce rassemblement m'ont quand même appris l'importance du christianisme chez certains Burkinabés, chose que je ne soupçonnait pas tant.
Parenthèse
L'Islam est tout autant important. D'ailleurs, plusieurs ont chialé qu'ils se sont fait réveillés maintes fois par le muezzine qui allait chanter de l'Arabe dans les hauts-parleurs de la mosquée. Pauvre eux, nous c'est le bébé de la voisine qui nous réveille avec ses pleurs.
On s'entend quand même bien avec eux. J'ai même joué avec, ce matin même (samedi). J'ai appris à la petite fille à faire « coucou » en cachant mes yeux d'abord, quand elle me regardait au travers du moustiquaire de notre maison. Elle se tord de rire! Haha! Pourtant, notre relation amicale est très frêle. Un moment donné, elle se cachait dans l'embrasure de la porte et apparaissait, c'est alors que je lui disais « coucou ». Elle faisait cela à répétition. J'ai donc décidé de me déplacer doucement vers mon côté de l'embrasure et quand elle vit que je n'étais pas à ma place, que je n'étais tout simplement pas dans son champ de vision, elle se posa la question. C'est alors que j'ai déplacé ma tête sur le côté, question qu'elle me voit. Haha. Alexandra et moi sont les deux seuls en ce monde qui ont vu l'expression d'horreur (que je vous imiterai bien volontiers à mon retour) sur son visage. C'était ahurissant! Elle est partie en pleurant voir sa mère). On est allé présenter nos excuses à cette mère qui rigolait tout autant que nous. C'est étonnant à quel point les jeunes ont parfois peur de nous, notre couleur de peau leur semble totalement anormale.
Fin de la parenthèse.
Dimanche.
Journée de congé. La religion l'ordonne. J'ai fait partie de la chanceuse minorité qui n'ont pas eu à assister à la messe. (Je respecte vos points de vue sur la religion, mais maintenant vous connaissez mon intolérance théologique et j'espère que vous la respecterez aussi! ;) )
Idrissa devait assister à des funérailles. On s'est donc reposé une bonne partie de l'avant-midi chez lui. J'étais vraiment claqué, suite à tous nos déplacements entre le centre et sa maison sous un soleil mortel. (47 degrés Celcius, je vous rappelle) Je me disais de plus en plus que je devrais prendre une journée de congé : je voulais vraiment « sacrer mon camp » de ce pays.
La pauvreté, la chaleur, les gens qui ne se conformes pas à des principes occidentaux (c'est normal, mais ça m'enrageait souvent), la nourriture peu diversifiée, les toilettes pas toujours accueillantes... Tout me suggérait de faire comme Catherine Lachance et Carole-Anne (qui partent maintenant pour le Québec). Certaines personnes ne sont pas faites pour dealer avec un choc aussi grand. Même les accompagnateurs ne s'attendaient pas à un tel choc. Ne vous inquiétez pas, on est assez ressourcés pour faire face à toutes les situations et inconvénients. Mais bon, ça décourage plus d'un stagiaire.
Les deux femmes de notre foyer s'affairaient à laver nos vêtements. Elles étaient gênées de recevoir toute forme d'aide et, de toute manière, il n'avait rien qu'on puisse faire vraiment...Alexandra a tout de même réussi à faire sa part. Elles utilisent des seaux d'eau et frottent à la main à l'aide d'un savon. Ça devait prendre des heures...
Alexandra et moi avons pris la direction de la Cité des Arts, un atelier d'art Africain, en ville. On a retrouvé quelques-uns de nos amis stagiaires là-bas et on a pu observé les procédés de fabrications de plusieurs oeuvres d'arts indigènes. C'était intéressant, mais moins grandiose qu'espéré.
Ensuite, le chef du village de Koudougou nous a reçu dans la cours de son ancien palais, en ruines, à présent. Il ne parlait pas très fort, ce qui découragea plusieurs d'entre nous. Après un échange peu enrichissant (puisque je n'ai pas entendu un seul bribe de la conversation), nous marchions, vers nos vélos, pour retourner chez nous.
J'ai donné les clés de notre chambre à Alexandra. Je commençais à avoir des maux de ventre et j'ai pris la route du centre plutôt que celle de la maison d'Idrissa. C'était plus près, plus rassurant et loin de toute source d'épuisement moral pour moi. Sérieusement, je commençais vraiment à être à bout de nerfs. (Je vous rappelle, il s'agit d'un choc culturel et nous ne sommes aucunement en danger ni en détresse psychologique. Il s'agit simplement d'apprentissages et d'adaptations. Ne paniquez pas sur notre situation, tout va très très bien!)
En revenant, je ne saluais plus les gentils petits enfants africains qui me criaient encore et toujours « Nassara!! », ni ceux qui ont la fâcheuse habitude de vouloir capter ton attention en faisant « Psssttt! » (Heille, je suis un humain, pas un chien, merde!)
(Attention, paragraphe déprimant (Roxane trouve que c'est trop pessimiste comme texte haha, mais elle accorde raison à l'histoire des vélos).
J'avais l'air d'un motard désenchanté, sur ma bécane de métal pourri, avec mon foulard de tête jauni par la poussière (on se croirait sur Mars, tellement il y en a et avec la couleur qu'elle a) et la sueur (fait tellement chaud là!) et mes lunettes de soleil effaçant toute expression faciale que pourrait laisser paraître mes yeux fatigués par tous ces événements insensés, depuis une seule semaine! UNE SEULE! Il en reste trois! C'est vraiment trop long. C'est vraiment incroyablement trop long.
(C'est ce que je me disais alors, maintenant je trouve que le temps passe vraiment trop vite, on passe du bon temps (encore Roxane))(Non sans rire, c'est vrai, on a un bon stage jusqu'à présent)
Je me foutais à présent de tout l'Afrique, voulant simplement revoir mon chez-moi, ma belle, grande et heureuse famille, mes chers amis qui me manquent tant, ma voiture, la bonne bouffe canadienne. (Merde que je mange une poutine en arrivant!) (Roxane, un verre de lait) (Thomas aussi une poutine) (Sarah-Anne une crème glacée) (Véronique une slush) (Alexandra une slush) (Camille une poutine au bacon) (Alex voudrait simplement pouvoir manger (il a une petite gastro)) (Geneviève, quant à elle, voudrait tout manger c'qui vient d'être dit)
Je suis donc arrivé au centre, j'ai pris une heure ou deux pour me décider et j'ai dormi dans le dortoir, avec Sarah-Anne et Geneviève, victimes de gastros depuis quelques-temps déjà. Avant, j'ai pris un copieux repas de riz-sauce avec Soren et Mahée et c'est là qu'ils m'ont dit que leur hôte n'était pas très fiable et qu'il avait oublié à deux reprises de venir les chercher à l'heure prévue. Elles étaient vraiment découragées de tout ça. Au point tel de perdre de l'empathie pour le peuple qui nous a accueillit, il y a de cela une semaine. (Ça va mieux à présent, comme vous aurait dit Roxane)
Je donne la note un peu dramatique jusqu'à présent, mais sachez que ça fait partie du choc culturel. La différence, c'est qu'en le vivant on ne s'en rend pas compte et on se laisse emporter par le choc malgré tout. Certains le vivent plus fortement que d'autres, ça c'est bien certain.
(Et Roxane est là pour ajouter du positif un peu partout :) )
Donc, on a jasé longtemps, Sarah-Anne, Geneviève et moi, et ça m'a beaucoup aidé à faire le vide de tout ça.
Lundi.
Rencontre avec Richard, qui, pour la première fois depuis le début du stage, nous a donné sa vision des choses et voulait régler les problèmes que nous avons tous rencontré jusqu'à présent.
Pendant la journée, il se mit à faire une chaleur caniculaire. C'était invraisemblable. Au soleil, on devait atteindre les 50s... Le rayon d'éclairement entourant le soleil n'a jamais été aussi grand de toute ma vie. (Vous savez, l'aura de lumière entourant la lune et le soleil – on dirait, celle journée là, que notre astre dominait le ciel sur une ouverture de près de 180 degrés) La blancheur des cieux était vraiment étonnante.
Comble de malheur. Panne de courant.
Le ventilateur arrêté, le petit coin de fraîcheur et de repos, au milieu du centre, n'était qu'agonie calorique. Nous avons vidé nos bouteilles et attendions la douce brise qu'amenaient les vents froids du Nord.
Vers les quatre heures, le mercure descendit (difficile de faire pire que cette journée là) et nous sommes retournés chez nous en vélo. J'avais une telle sensation de bien être, suite à la douce température qui s'était étendue sur le pays, que je me suis aperçu que mon moral s'était grandement amélioré depuis la veille. Je suis revenu chez Idrissa avec un optimisme qui m'était inconnu, suite à ma crise culturelle. Nous avons eu un festin pour souper (une entrée de crudités, wow! Des concombres! Des tomates! Fabuleux!) Et un bon riz-sauce pour remplir l'estomac!
Parenthèse
Vous savez, puisqu'on mange beaucoup moins que lors de nos gros repas extracaloriques d'occident, notre corps a dû s'adapter, ce qui fait qu'en ce moment (après midi du mardi 2 juin, vers 14h) je n'ai toujours pas dîné et je n'ai toujours pas faim.
Fin de la Parenthèse.
Mardi.
Ce matin, eh bien on s'est levé, j'ai expliqué mon absence à Idrissa et puis j'ai pédalé jovialement jusqu'ici (au centre). On s'est arrêté pour amener de l'eau en quantité industrielle et on a jasé avec le reste de la gang. Je crois que le positivisme du groupe commence à remonter. Les gens malades se sentent mieux, les gens en crises se sentent mieux. Certains entrent en phase de crise, mais on est là pour les soutenir.
Mis à part les vélos, tout ne va pas si mal. On s'habitue aux imprévus et au peu de certitude qu'offre l'Afrique.
Désolé de ne pas vous offrir de photos aujourd'hui. Je n'en ai pas assez de nouvelles pour que cela vaille la peine. Jean-Philippe en a pris de très bonnes et je vais essayer de voir si je peux pas vous en partager plusieurs, dans les prochains jours.
Pour ce qui est des événements à venir, aujourd'hui, Richard et Mélanie sont allés visiter Doulou, voir si notre stage peut continuer là-bas. Dans le cas contraire, nous allons nous arranger pour dormir ici, à Koudougou et aller faire des activités là-bas durant la journée.
Demain, nous sommes supposés aller faire un tour dans ce coin là.
Jeudi, c'est notre congé de trois jours qui commence!
Les visites probables sont les chutes de Banfora et un endroit où il serait possible d'aller observer divers animaux de la savane africaine.
De belles journées en perspective! Je vais sûrement vous donner des nouvelles dans la fin de semaine.
Par la suite, nous allons concentrer nos visites sur Doulou pendant une dizaine de jours. C'est le coeur du stage, bien que nous avons vécu beaucoup en une seule semaine. Après, nous revenons à Ouagadougou pour décompresser dans l'Atelier de Théâtre Burkinabé (un endroit bien équipé où il sera bon vivre). Cela durera trois jours environ. Ces trois jours passés, ce sera le décollage et nous allons filer à 1000 km/h vers notre passé de québécois, mais aussi vers notre futur, conscientisés par des expériences, troublantes et enrichissantes, que nous avons vécus ici.
D'ici là je vous souhaite une belle semaine dans notre pays confortable, où vous avez accès à tout ce que vous avez besoin pour survivre, où tout est bien structuré et organisé, où les imprévus ne sont pas routine et où vous ne vous demandez pas (nous non plus, une chance!) si vous allez manger ce soir.
Haha, sérieusement, je ne veux pas vous imposer une détresse humanitaire, ce n'est pas notre faute si la situation est comme elle est. C'est ce que nous répètent constamment nos accompagnateurs et c'est ce qui est vrai.
Au plaisir de vous revoir tous.
Faut laisser pousser les baobabs. (Maréchal Freeman, ainsi que tous les Burkinabés, dans le fond.)
-Gabriel Lainesse-
Mise à jour retardée (mardi et mercredi de la première semaine)
Bonjour chers lecteurs!
J'aurais dû vous envoyer cet article là il y a une semaine de cela, mais il s'est perdu en chemin! Désolé du retard!
Beaucoup de choses se sont déroulées depuis la dernière mise à jour, à un point tel où je n'ai pas pu vous réécrire jusqu'à aujourd'hui.
Voilà. (Ils disent beaucoup voilà par ici, alors excusez moi si je commence à prendre leurs habitudes)
Donc, nous sommes restés à Ouagadougou jusqu'à mercredi midi. Mardi soir, nous avons encore échangé avec les Burkinabés et nous avons fait nos adieux dans un maquis (petit bar africain). Pour ceux qui se poseraient la question, oui la bière burkinabé est bonne, mais savourez vos Buds, vos Blacks ou vos Laurentides, elles sont froides au moins.
Cette soirée là, Marie-Hélène et moi, nous avons discuté de politique et de la vision de la femme avec Idrissa, qui n'est malheureusement pas sur mes photos. Au Burkina, ils avaient un président, assassiné en 1987, qu'ils idolâtrent pour ses visions d'égalité entre les hommes. Par exemple, les gens riches qui possédaient plusieurs résidences devaient les partager avec les sans-abris. Au bout du compte, tout les burkinabés auraient eu un abri et une certaine sécurité. Malheureusement, il est décédé après une réunion. Il en demeure pas loin un personnage important. Thomas Sankara est son nom.
Idrissa voyait les femmes comme la culture de l'endroit l'enseigne, c'est-à-dire soumises à l'homme et faisant les tâches ménagères à la maison. Pourtant, un certain respect leur est exprimé. Par exemple, l'homme a souvent recours à l'avis de sa femme pour des décisions qui concernent l'ensemble de la famille. De plus, si elle fait la lessive, prépare à manger et élève les enfants, il fait la construction, les réparations et autres tâches traditionnellement masculines.
Mercredi nous avons pris l'autobus pour Koudougou, notre deuxième destination. Nous nous sommes levés tôt afin de finaliser nos bagages et prendre le taxi pour la gare d'autobus. J'embarquai donc dans le taxi vert et puis nous partîmes en direction du centre-ville. La circulation à Ouagadougou est vraiment...
Bref, notre taxi (où il y avait Marie-Hélène, Mahée, Alex (Gagnon), Thomas et moi) n'a pas réussit à suivre celui qui passa tout juste sur une rouge. Malheureusement, notre chauffeur ne connaissait pas la destination et nous nous sommes perdus en plein marché à Ouagadougou. C'était incroyable. Les gens venaient nous vendre leur produit par les fenêtres du taxi et nous avancions à pas de tortue. Par une chance inespérée, nous avons aperçu Mélanie (notre infirmière accompagnatrice) dans un autre taxi qui venait nous chercher en sens inverse. Grâce à cela, nous avons rejoint Richard, qui nous a amené au bon arrêt de bus et nous prîmes alors la route de Koudougou.
